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Décès de Lucienne DELATTRE
Envoyé par: jpb (Adresse IP journalisée)
Date: ven. 12 juillet 2019 18:27:24

Lucienne Delattre née Rebattel est décédée le 13 juin 2019 aux Baux de Provence à l’âge de 95 ans. C’est avec une grande émotion et beaucoup de tristesse que nous avons appris son décès. Elle était la maman de nos deux amis d’enfance Jean-Pierre et Didier. Le nom de Delattre est un marqueur fort aussi pour nous anciens fassis. C’est le Café de l’Atlas, le caveau des boums, la place de l’Atlas et aussi la plaine du Saïs. Le nom de Delattre est aussi associé à l’histoire de notre Amicale. Lucienne était une fidèle et ne manquait jamais une AG. Avec sa disparition c’est une époque qui passe dans l’histoire de nos vies à Fès. Le président, le conseil d’administration d’AdaFès et aussi de nombreux fassis présentent toutes leurs sincères condoléances à ses enfants Jean-Pierre, Didier, Bertrand et à leurs familles.


Vous trouverez ci-joint son histoire que nous a transmise ses enfants et ses photos.
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« Elle est née le 30 Mai 1924 à LEGRAND , agglomération d’ORAN(ALGERIE). Son père était colon.
Comme il avait 8 enfants à charge, (Lucienne était la 7ieme) le gouvernement français comme à d’autres français, proposa à Charles REBATTEL un lot de colonisation de 200 ha au Maroc , dans la plaine du SAIS . Charles REBATTEL décida de tenter l’aventure et arriva par le train à FES avec femme ,enfants ,et bêtes.
Mon grand- père avec les marocains du douar local défricha le doum qui poussait partout à cette époque.
IL acheta à M Laboureau, son lot mitoyen de 200 ha également.
Lucienne alla à l’école du Sais, classe unique, dirigée par « le père LEVEDERE ». Elle obtint son certificat d’étude et mena la vie des filles de colon de son époque.
A 18 ans elle fit la connaissance de Pierre DELATTRE , militaire , qui avait quitté la France occupée. Il était de Lille et surtout frère du Commandant DELATTRE , régulateur général des transports militaires de la région de FES. L’entremetteur fut Régis SABATIER , le beau - frère de Lucienne.
Ils se marièrent en MARS 1943. (Naissance de Jean Pierre le 19/10 /1945)
Mon père démobilisé, ils s’installèrent sur une exploitation agricole à SAHEL BOUTAR (RIF), jusqu’en 1948. Ensuite Lucienne et Pierre achetèrent la charcuterie ANGEVINE située rue BOUCHERIE ,en face du cinéma ASTOR, à l’angle de l’av MAURIAL. (Naissance de Didier le 20/01/1948)
En 1954 ils achetèrent aux ANTOINE , le BAR,HOTEL ,RESTAURANT,CAVEAU de l’ATLAS. (Naissance de Bertrand le 19 /04 /1957)
En 1964 , Lucienne et sa famille, rentrèrent en France, et s’installèrent à STE MAURE de TOURAINE et firent tourner l’Hôtel ,Restaurant LA BOULE D’OR jusqu’en 1980.
Pierre et Lucienne prirent leur retraite à TOURS, quartier les Fontaines Son mari décédé en juillet 1982,elle vécut entourée de nouvelles amies, et participa à la vie associative locale jusqu’en septembre 2010.
En Septembre 2010, elle habite LES BAUX DE PROVENCE, à côté de MAUSSANE LES ALPILLES ou vit son fils cadet , Didier.
En JUIN 2019 , après avoir fêté ses 95 ans en famille, et rempli une longue et riche vie d’évènements, elle tira sa révérence .
Elle est inhumée à Sainte Maure de Touraine dans la tombe familiale avec Pierre, son époux. »
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Nous ajoutons une photo de sa présence en AG (2007) => [adafes.com] et l’article sur le café de l’Atlas => [adafes.com]



1 modifications. Plus récente: 12/07/19 18:31 par jpb.

Pièces jointes: Delattre Lucienne photos red_2019.JPG (58.5KB)  
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Décès de Rebecca ARROUAS-BOTBOL
Envoyé par: jpb (Adresse IP journalisée)
Date: lun. 15 juillet 2019 18:55:10

C’est avec beaucoup d’émotion, mêlée de nostalgie, que nous avons appris le décès à l’âge de 97 ans, le 3 juillet 2019, de Rebecca ARROUAS-BOTBOL. C’est pour les anciens fassis une perte immense. Rebecca a été une des fondatrices de notre amicale (ADAFES) en 1946. Elle fit partie du premier conseil d’administration dont le président était Lucien GRANDIN. Vous pouvez lire par le lien suivant « [adafes.com] » l’histoire de cette création.
On comprend le sens de son engagement lorsque l’on sait ce qu’a été sa vie. C’est pour cette raison qu’ADAFES lui rend ici un hommage particulier.

La vie de Rebecca a été marquée par l’histoire de Fès entre les deux guerres. Elle a écrit un livre, aujourd’hui introuvable, « Rebecca Française du Maroc ». Elle se raconte et retrace sa vie familiale et professionnelle, elle témoigne pour que ne se perde pas la trace d'une époque et d'un monde disparus. Séfarade marocaine, Rebecca nous fait comprendre, ce que furent les relations entre les communautés juive, arabe et chrétienne dans la vie quotidienne. Elle nous parle de la condition féminine, de la mixité dans les écoles, de l’évolution des traditions familiales juives, de la découverte, de la dynamique de la culture et l’enseignement français. Elle fait partie de cette génération qui a épousé la culture française et l’a diffusée.
Elle était autodidacte, musicienne et concertiste. Pianiste, elle nous a communiqué les joies que lui a procuré la musique, et nous a fait partager la dimension sociale de son enseignement. C’était une personnalité reconnue à Fès.
Mais ce sont les étapes de sa vie qui vont résonner dans nos mémoires d’anciens fassis.

La famille

Rebecca BOTBOL est née en 1921 dans le Mellah de Fès et s’est mariée en 1946 avec Henri ARROUAS, juif d’Algérie. Elle a eu deux enfants, Judith (1950) et Yonnel-Joseph (1952). Sa famille était installée au Mellah depuis des siècles mais son grand-père paternel avait acquis la nationalité française dès 1879. Son père et sa mère se sont mariés en 1902. Son père était une exception parmi la communauté juive de l’époque, il avait certes un commerce mais était aussi colon. Sa nationalité française lui avait permis d’avoir un lot de 200 ha. Il était souvent absent. Il avait été à l’école de l’Alliance et avait appris le français alors que les familles de l’époque parlaient le « judéo-arabe », langue originale proche de l’arabe mais avec des mots espagnols et des mots hébreux. Notons que c’est l’Alliance qui a introduit la culture française. Le père avait une grande ouverture d’esprit et l’avait en ce sens hérité de sa mère peu conformiste (qui fût jeune veuve). Il était aussi connu pour son érudition et issu d'un milieu assez modeste, il a fait un mariage qu'on peut qualifier de brillant. Il avait épousé la fille du grand rabbin Séréro. Les Séréro étaient rabbins de père en fils, venus au 16ème siècle d’Espagne. Famille aisée, la synagogue de la Ville Nouvelle était à l’intérieur de la maison.
Rebecca avait un frère Georges, de 13 ans son ainé, et une sœur. Georges avait une culture vaste et une grande connaissance du droit français et musulman. Il a suivi l’enseignement du Talmud. Georges est devenu Maître Botbol, Bâtonnier. Rebecca lui doit beaucoup.

Le français, la musique, l’ascension sociale

Rebecca parlait le judéo-arabe et appris vite le français et fréquenta l’école Régimbeau (Maurial), puis le lycée. Elle devint passionnée de piano en entendant son voisin jouer et dès l’âge de 10 ans elle suivi des cours particuliers qui ont représenté un sacrifice pour la famille. A Fès, la première école de musique vit le jour en 1940 seulement. Son frère Georges devenu avocat, lui offrit son premier piano en 1937. C’est ainsi qu’elle devient amie avec la présidente des « Amis de la Musique » qui produisait des concerts au Grand-Hôtel. Les « Amis de la Musique » sont devenus les « Jeunesses musicales » après la guerre. Rebecca devint alors professeur de musique de 1942 à 1973 et donnait les cours chez elle.
Avant et pendant la guerre, il y avait une activité musicale à Fès. Pour l’histoire nous devons rapporter ici que la Légion Etrangère donnait tous les dimanches soirs, au kiosque de musique en Ville Nouvelle des concerts magnifiques. Pour la musique, ce régiment venait immédiatement après celui de Sidi Bel Abbès qui était très connu dans toute l'Afrique du Nord, en France et même à l'étranger, pour son orchestre philharmonique.

Elle se fit remarquer pendant la guerre, lors d’un diner de gala à l’Empire pour les officiers américains. Elle accompagna au piano Joséphine Baker.

Sa vie professionnelle était l’enseignement de la musique. Si elle n’a pas enseigné au Lycée, elle enseigna aux collèges Moulay Idriss et Moulay Rachid, à l’école de l’Alliance et à l’Académie des Arts. Lorsque le Centre Culturel Français fut créé après l’indépendance, elle intervint par des causeries, invitait des artistes. Elle prit le relais, sur proposition du Centre Culturel, pour créer la suite de la chorale « A cœur joie » (que les fassis ont bien connu).

La culture, un modèle d’espoir

La période de la guerre à Fès, a aussi été vécue par des mesures discriminatoires à l’égard des juifs. Ces derniers ont dû se recentrer sur le Mellah surpeuplé. De plus les denrées alimentaires (sucre, farine etc …) étaient rationnées pour tous. Il y avait beaucoup de misère. Compte tenu de la condition des enfants, dont beaucoup étaient orphelins, Rebecca enseigna bénévolement à l’école Emm Habbanim le chant et la musique. Au début par des chants hébreux puis des chants classiques ; Carmen, la Traviata. Des groupes ont fait du théâtre et récitaient du Courteline Musset Molière… Le succès fût tel que l’on pouvait compter les enfants par centaines. Mais ce qui est extraordinaire c’est cette soif de culture et d’apprendre qui se lisait dans les yeux de ces enfants, alors que beaucoup ne connaissaient pas le français. Alors le jour de la fin de la guerre, le Mellah en fête faisait une ovation à Rebecca qui monta sur une estrade.

Les relations entre les communautés

Les relations avec les musulmans étaient historiques depuis des siècles au Maroc. Rebecca enfant s’habillait comme eux et parlait arabe. Elle enseigna plus tard l’arabe, pour des remplacements, à Fès. Elle souligna les bonnes relations qui existaient et ne manqua pas de témoigner de la protection des juifs par le sultan (affaire des cages à fauves, où se réfugia sa famille et son frère Georges) lors des évènements de Fès en 1912 où le Mellah fût saccagé. Mais aussi par le refus de Mohamed V d’appliquer aux juifs, alors marocains, les mesures de Vichy.
Du côté chrétien, elle a entretenu de très bonnes relations avec les religieuses à Fès. Ces dernières exerçaient comme enseignantes (dont Ecole Ste Thérèse) et comme soignantes dans les hôpitaux (médina, Ville Nouvelle et dispensaires). C’est avec les Franciscaines Missionnaires de Marie, que Rebecca a entretenu de très étroites relations. Elle joua de l’harmonium à l’église pour accompagner les chants des religieuses et accompagna pendant douze ans toutes les messes de minuit. Ensuite suivi la création des Amitiés judéo-chrétiennes et les liens avec les Bénédictins de Tioumliline où avait lieu deux fois par an des séminaires.

Israël

On sait combien Israël comptait pour Rebecca. Elle aimait le chant « L’hatikva » depuis les fins de Sabbat de son enfance et des aussi les prières « L’an prochain à Jérusalem». Elle s’investit concrètement pour aider les juifs.

Rebecca Arrouas-Botbol quitta définitivement Fès en 1973, après dix générations de présence, pour Aix-en-Provence.

Message d’AdaFès

Madame Rebecca Arrouas-Botbol nous vous devons en partie l’existence d’AdaFès depuis 1946. Nous sommes toujours là, 73 ans après, malgré le fait que les fassis se sont éparpillés dans le monde et dont notre rôle a été d’entretenir le lien. Mais votre vie a été un exemple et vous avez connu des évènements difficiles et majeurs. Vous avez toujours cherché à apaiser, à élever, à organiser, à éduquer. Vous incarnez la victoire de l’esprit et du cœur basée sur une volonté hors du commun.
Reposez en paix.

AdaFès présente à sa famille ses sincères condoléances.


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Madame Rebecca Arrouas-Botbol à l'harmonium - Eglise St Régis



2 modifications. Plus récente: 15/07/19 19:02 par jpb.

Pièces jointes: Arrouas St Regis red.jpg (72.5KB)  
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Décès de Rebecca ARROUAS-BOTBOL
Envoyé par: jpb (Adresse IP journalisée)
Date: mar. 16 juillet 2019 17:14:27

Le lien a été placé dans facebook

[www.facebook.com]

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Décés de Rebecca Arrouas-Botbol
Envoyé par: georges-michel (Adresse IP journalisée)
Date: mar. 16 juillet 2019 21:46:01

Bel hommage où l'essentiel est écrit.

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